Archives Ancien Menly Il y a 2 années Rédigé par Julien Maron

L’extrême droite en Europe à visage découvert

Les formations anti-européennes savent comment toucher un électorat toujours plus nombreux.

L'extrême droite en Europe à visage découvert

L’extrême droite séduit. En Europe, ces formations nationalistes et anti-européennes savent comment toucher un électorat toujours plus nombreux tout en évitant la diabolisation de leur mouvement. En France, le Front national de Marine Le Pen a également choisi de suivre cette voie.

Partie 1 : l’expansion de l’extrême droite en Europe
Partie 2 : Marion Maréchal-Le Pen, l’extrême droite qui ne dit plus son nom
Partie 3 : l’UMP n’est plus un rempart contre le FN

« Oui, il y a inégalité des races, comme il y a inégalité des civilisations, je persiste et signe ». Qu’il est loin le temps des déclarations choc de Jean-Marie Le Pen. Depuis qu’il s’est retiré des affaires, le fondateur du Front national a vu son parti se transformer, se lisser et adopter une attitude plus électoraliste. Sa fille, qui a pris sa succession, l’a prouvé en obtenant 17,9% des voix lors du premier tour de la dernière élection présidentielle. Son score est le plus important jamais réalisé par le FN (devant le 21 avril 2002). Quelques semaines plus tard, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard entraient à l’Assemblée nationale sous les couleurs bleu marine. Un événement que l’on pensait impossible tant que la proportionnelle ne serait pas réhabilitée lors des élections législatives.

Plus séduisant car moins extrémiste, le FN n’a pourtant pas changé. Il s’est surtout adapté à l’époque, à l’image de ce que font ses camarades européens. « C’est une nouvelle extrême droite que l’on voit germer. On la qualifie de nationale populiste, une définition qui explique son succès. Populiste, parce qu’elle dénonce les élites contre le petit peuple fragilisé et nationaliste car elle prétend sans cesse que la nation est menacée et est condamnée par une série de phénomènes extérieures comme l’Union européenne, la mondialisation, l’islam ou l’immigration », explique Magali Balent, spécialiste des populismes européens à l’IRIS, dans une interview accordée à l’Huffington Post.

Une Europe des extrêmes

De par ses modes de scrutin, la France est loin d’être le pays le plus concerné par la montée des mouvements d’extrême droite. Le Parlement italien compte, par exemple, 60 élus issus de cette mouvance alors que les partis d’extrême droite ont réalisé de moins bons scores que le FN en France. La Norvège (41 élus), l’Autriche (55) et la Suisse (54) sont les pays dans lesquels l’extrême droite réalise ses meilleurs scores, remportant plus de 20% des suffrages lors des élections législatives. Les pays du nord et de l’est de l’Europe (Scandinavie, Finlande, Danemark, Belgique, Pays-Bas, Hongrie, Autriche, Grèce, Lituanie, Lettonie, Bulgarie) sont des pays fortement touchés par la montée de l’extrémisme. A contrario, les Européens de l’ouest (Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Irlande) et l’Allemagne ne comptent aucun élu d’extrême droite. Ces chiffres sont révélateurs : les voix de l’extrême droite ne sont pas des votes de crise, l’Espagne, l’Irlande et le Portugal, très touchés, ne connaissant aucune montée de ces forces politiques. Un constat aux antipodes de ce qui arrive à l’Europe du Nord, qui a très bien géré les difficultés économiques de ces dernières années.

>>> Voir carte de la répartition des élus d’extrême droite en Europe sur lefigaro.fr

Mais il existe deux extrêmes droite : celle qui enregistre de bons résultats électoraux et celle qui milite dans l’ombre. Les mouvements néo-nazis et fascistes font toujours peur et ne décollent pas. Paradoxalement, ces partis, que les électeurs considèrent comme dangereux, renforcent l’extrême droite « moderne » qui bénéficie d’une image plus démocratique. En ne revendiquant aucune action violente et en évitant les débordements qui pourraient nuire à son image, ces partis en deviennent « électoralement acceptables ».

Le même fond

Mais il serait faux de croire que les partis d’extrême droite ont véritablement évolué. S’ils ont changé sur la forme, ils répondent toujours aux mêmes idéaux. Selon un rapport publié par le Réseau européen contre le racisme (ENAR) publié en mars 2012, les mouvements d’extrême droite répondent à trois caractéristiques principales : « populisme, autoritarisme et nativisme (combinaison entre nationalisme et xénophobie) ». Mais si elle peut plus ou moins travestir la réalité de ses convictions, une formation politique ne peut en faire de même avec ses électeurs, voire certain de ses membres.

En mai 2012, le FN a dû faire face au scandale Bryan Puireux. Cet ancien candidat frontiste aux élections régionales (2010) et cantonales (2011), dont le beau-père est membre du bureau politique national du parti, exhibait fièrement sur la toile un tatouage nazi « Blut und Ehre » (slogan des jeunesses hitlériennes)  qui recouvrait entièrement son dos. Une affaire qui est venue ternir – même brièvement – l’image très lisse que tente de donner Marine Le Pen au Front national.

>>> Voir l’interview de Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, chercheur associé à l’IRIS, accordée aux le site des Inrocks

L’extrême droite européenne en campagne :

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Marion Maréchal-Le Pen, symbole de l’extrême droite qui ne dit plus son nom

La plus jeune députée de l’histoire de la Vème République refuse l’étiquette extrémiste collée au Front national. Une attitude symptomatique de la nouvelle stratégie frontiste.

« Je ne suis pas d’extrême droite ni historiquement, ni politiquement ». Interrogée Par Marc-Olivier Fogiel sur les difficultés liées à son nom et le parti auquel elle appartient, Marion Maréchal-Le Pen* a marqué les esprits en réfutant l’appartenance du Front national à la mouvance extrémiste. En ce sens, la nièce de Marine Le Pen est bien plus que le rôle de starlette médiatique auquel certains ont voulu la cantonner. Marion représente parfaitement l’image du Front national nouveau : jeune, moderne, dynamique et républicain. Selon le rôle qu’il tente de prendre dans l’échiquier politique, le FN serait une composante de la Droite et non pas son pendant extrême.

Marion Maréchal-Le Pen s’est engouffrée dans l’espace créé par Nicolas Sarkozy. En s’aventurant sur des thèmes chers au FN (immigration, islam), l’ancien président de la République a d’abord vidé de sa substance le parti dirigé par Jean-Marie Le Pen. Mais le Front national de Marine s’est réinvité dans le débat en étendant son discours aux domaines de la santé, de l’économie, de l’emploi et du social, profitant des erreurs du chef de l’Etat pour regagner en crédibilité.

A côté de l’image violente renvoyée par le Bloc identitaire, l’Œuvre française, les Jeunesses nationalistes ou encore Civitas, le nouveau Front national, symbolisé par le Rassemblement bleu marine (nom sous lequel les candidats aux législatives se sont réunis), jouirait presque d’une image de partie « classique ». Et plus ses cadres et figures de proue seront jeunes, plus le parti bénéficiera d’un capital sympathie important. Marion Maréchal-Le Pen et les autres jeunes pousses constituent ainsi la couche de vernis qui permet au FN d’avancer à visage – presque – découvert.

*Contactés par la rédaction de Menly, l’équipe parlementaire de Marion Maréchal-Le Pen et le service presse du Front national n’ont pas accédé à notre demande d’entretien.

L’UMP n’est plus un rempart contre le Front national

En unissant la droite et le centre-droit, Jacques Chirac souhaitait faire du successeur de l’UMP un grand parti de rassemblement afin d’isoler le Front national sur l’échiquier politique. Un rôle qu’il ne joue plus.

S’il s’intéresse encore à la vie politique française – et il y a des chances que cela soit le cas -, Jacques Chirac doit probablement voir rouge. L’UMP, qu’il a fondée après l’élection présidentielle de 2002, est non seulement en pleine déliquescence mais elle s’est également perdue sur le plan idéologique. Le rassemblement de la droite et du centre-droit est fini, la création de l’UDI y ayant mis fin, et le parti se rapproche de plus en plus du Front national.

La barrière entre les deux camps est en train de se craqueler et nous ramène à une époque où le FN et le RPR pouvaient faire front commun lors de certaines élections. Mais ce rapprochement n’est pas soudain et se dessinait de longue date. Entre 2007 et 2012, Nicolas Sarkozy a franchi à plusieurs reprises la digue construite par son prédécesseur. En ne s’adressant plus seulement aux « égarés » mais carrément aux électeurs frontistes, le président de la République a ouvert la voie à des mouvements tels que la Droite populaire, symbole d’une droite qui n’a que faire du centre.

Cinq ans plus tard, sa campagne « buissonière » a signé le retour d’une certaine idée de la droite. L’élection présidentielle a été perdue mais de peu. Suffisant pour que Jean-François Copé et une motion telle que la Droite forte s’imposent au sein de l’UMP. Même en cas de victoire de François Fillon, le score du secrétaire général du parti est éloquent : l’UMP veut remporter la prochaine élection en débordant à droite, balayant ainsi l’idée qu’une élection présidentielle se remporte au centre.

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