Archives Ancien Menly Mis à jour le 30/04/2010 Rédigé par Julien Maron

J.Munoz : « Nous croyons à une multiplication par 3 de la consommation équitable »

La consommation française en produits équitables représente trois euros par an et par habitant. Pour éduquer les habitudes d’achat, le label Fairtrade/Max Havelaar organisera la Quinzaine du commerce équitable, du 8 au 23 mai prochains. « Sortir de la marginalité », c’est l’objectif de Joaquin Munoz, Directeur de Max Havelaar France, interrogé par Relaxnews. « Nous croyons à […]

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La consommation française en produits équitables représente trois euros par an et par habitant. Pour éduquer les habitudes d’achat, le label Fairtrade/Max Havelaar organisera la Quinzaine du commerce équitable, du 8 au 23 mai prochains. « Sortir de la marginalité », c’est l’objectif de Joaquin Munoz, Directeur de Max Havelaar France, interrogé par Relaxnews. « Nous croyons à une multiplication par trois de la consommation équitable d’ici 2013″ a t-il confié.

Relaxnews : La Quinzaine du commerce équitable aborde sa dixième édition. Quel bilan tracer de ce marché encore émergent ?
Joaquin Munoz
: En dix ans, nous avons fait du bon boulot. 96% des Français ont déjà entendu parler du commerce équitable. La première étape était déjà d’éclairer les consommateurs sur les principes de ce système. La seconde consiste au passage à l’acte d’achat car la consommation équitable représente en France une part infime, soit trois euros par an et par habitant. C’est cinq fois moins qu’en Suisse et trois fois moins qu’en Angleterre.

R : Quels sont les freins à l’achat ?
J.M : Il ne faut pas se mentir : le prix ! Les produits équitables affichent des prix en moyenne 10% plus chers que les autres produits de grande consommation. Ce prix élevé est fortement lié aux petites et moyennes entreprises qui appliquent leurs propres tarifs. La rémunération aux petits producteurs des pays en développement représente 10% du prix d’un produit. Ceci dit, au fil des années, le marché du café équitable a su faire preuve d’évolution. La boîte de 350g de la marque Malongo affichait plus de trois euros il y a quelques années. Aujourd’hui, elle coûte environ 2,60 euros.

R : Quels sont les axes de travail pour améliorer la consommation française en produits équitables ?
J.M
: Nous misons grandement sur une aide des pouvoirs publics, avec l’installation de la Commission Nationale du Commerce Equitable pour laquelle nous nous sommes battus depuis 2005. Il faut également réussir à motiver davantage d’entreprises à s’engager dans le commerce équitable. Dans le même temps, de nouvelles catégories de produits vont apparaître. Le marché ne se cantonnera plus au café et au chocolat. Nous misons sur la cosmétique, le textile, les produits de la mer et la bijouterie. Aussi, pour vous donner une comparaison et ce que le marché est capable de fournir, 50% des bananes consommées en Suisse sont équitables. Cette proportion est de 25% en Angleterre. Autre axe majeur : la consommation hors-domicile. Cela prendra au moins cinq ans pour que les cafés, bars, hôtels et restaurants proposent par exemple du café équitable. Nous travaillons enfin au niveau des collectivités locales avec des distributeurs de café équitable.

R : Finalement, quel est l’objectif à long terme ?
J.M
: Chez Max Havelaar, nous croyons à une multiplication par trois de la consommation équitable d’ici 2013. Si la consommation devient plus conséquente, il y aura inévitablement un impact sur les prix. Il faut sortir de la marginalité pour intégrer les produits équitables dans les habitudes d’achat. Pour ce faire, l’offre doit devenir plus dense, avec davantage de marques et d’entreprises. C’est un signal fort pour nous le fait que la marque Ben & Jerry’s se soit impliquée à 100% dans l’équitable. Ces crèmes glaces deviendront à terme toutes respectueuses du système.

R : Les marques de distributeur, telles que Carrefour et Auchan, ont aussi contribué à recruter de nouveaux consommateurs…
J.M
: Totalement. Elles ont permis de proposer des prix plus attractifs et de concerner de nouveaux acheteurs. Mais ce n’est que le début. Il faut qu’elles s’engagent encore plus pour proposer une offre élargie. La gamme doit devenir dense, avec un prix moyen, un positionnement différent et une innovation large. L’idée c’est que la consommation équitable devienne courante. A terme, il faudrait presque que les consommateurs achètent équitables sans plus jamais s’en rendre compte. Pour vous donner un exemple, la marque KitKat en Angleterre commercialise désormais des produits labellisés Fairtrade/Max Havelaar.

R : Le même produit labellisé arrivera t-il en France ?
J.M
: Nous y travaillons. Il faut donner un autre souffle…

R : Le Gouvernement vient d’installer la Commission Nationale du Commerce Equitable. Cela signifie t-il que de nouveaux labels vont apparaître ?
J.M
: Pourquoi pas. L’objet de la CNCE est de faire le point sur ce qui équitable de ce qui ne l’est pas. En reconnaissant les structures sérieuses, garantissant les vrais principes du commerce équitable, le travail de la CNCE va permettre une circulation des produits équitables plus fluide en Europe

R : Si de nouveaux labels apparaissent, le consommateurs ne pourraient-il pas se perdre dans cette masse de garanties ? Un label unique n’est-il pas envisageable, à l’instar du logo AB pour l’agriculture biologique ?
J.M
: L’objectif de la CNCE n’est pas la démultiplication des démarches. Arpentez les rayons des grandes surfaces et vous constaterez qu’il existe plus de 200 systèmes de garantie différents. Les consommateurs ne s’en plaignent pas. Un label unique européen pourrait être efficace mais la problématique est plus subtile car, contrairement au logo AB, nous ne sommes pas dans un aspect technique. Reste à connaître les valeurs de garantie de ce label…

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